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22 novembre 2005 2 22 /11 /novembre /2005 21:24

J'ai déménagé, pour me suivre désormais, c'est par ici :

http://francequatrommeconteuse.fr

 

 

L'analyse de la structure du conte en un shéma simplificateur et réducteur ne rend pas compte de la richesse de la symbolique et des images du conte. La trame peut néammoins constituer un soutien important pour mémoriser et créer des contes. Je m'appuie pour cet article sur les ouvrages de A. J. Greimas (1) et de Vladimir Propp (2). Je distinguerai trois étapes : la situation initiale, les épreuves et le dénouement.

- La situation initiale

La situation initiale se distingue par deux temps clés, la séparation et la propulsion dans l'action. Elle est aussi marqué par l'idée de "quête".

En effet, de nombreux contes merveilleux s'ouvrent sur l'éloignement du héros ou la mort d'un parent et en particulier de la mère comme dans "Vassilissa-la-belle", un conte traditionnel populaire russe recueilli par Alexandre Afanassiev (3). Dans d'autres contes, c'est l'enfant qui s'éloigne de lui-même pretextant une promenade ou signifiant son besoin d'autonomie.

L'accomplissement d'un méfait contre un membre de la famille peut déclencher l'intrigue et provoquer le départ du héros.
Dans "La reine des neiges" (2) de Hans Christian Andersen, le récit s'ouvre sur la description de la plénitude dans laquelle vivent les deux héros Kay et Gerda. Ce bonheur est rapidement troublé par le méfait d'un troll qui brise un miroir et laisse échapper un éclat dans l'oeil de Kay. Ce dernier est frappé par l'oubli avant d'être enlevé par la reine des neiges. C'est l'atteinte au bonheur imposé à Gerda qui va la propulser dans l'action et la transformer en héroïne en quête.


- Les épreuves ou le voyage parsemé d'épreuves

C'est le déplacement du héros qui est important et non le voyage en lui-même. Nous n'avons que rarement de détails sur le trajet parcouru. Le héros traverse parfois l'espace d'un bon, à vol d'oiseau ce qui rend le lieu vers lequel il se dirrige d'autant plus inquiétant.
Dans la reine des neiges d'Andersen, Kay est transporté dans un pays lointain par la reine des neiges. On ne peut donc, comme le héros, évaluer la distance parcourue ni situer le lieu. Le héros peut aussi tomber sur ce lieu par hasard ou être guidé par un être magique pour s'y rendre. Ce peut être une sorcière ou un animal qui peut jouer ce rôle de passeur entre les deux mondes.
Dans les contes traditionnels russes recueillis par Alexandre Afanassiev, l'autre monde se situe souvent dans une forêt. Elle est le lieu des forces incontrôlées de la nature, le domaine de la sorcière dans lequel le héros ne peut plus appliquer son expérience quotidienne.

La sorcière impose au héros des tâches difficiles. Dans les contes traditionnels russes, si elles ressemblent à première vue à des tâches domestiques, elles peuvent posséder une valeur symbolique plus profonde.
Pour les accomplir, l'héroine bénéficiera parfois de du soutien précieux d'un auxiliaire magique (poupée, souris...). En échange de quelques soins ou d'un peu de nourriture, il lui fournira un ou des objets magiques. Dans Vassilissa-la-belle, une poupée sert en premier lieu à l'héroine de guide. Une souris lui fournit dans un deuxième temps un mouchoir et un peigne, deux objets magiques qui permettront à Vassilissa de distancer la Baba-yaga. Dans La reine des neiges de H.C. Andersen, c'est Gerda qui va partir en quête de son ami perdu et traverser une série d'épreuves.

Le combat ou la poursuite lorsqu'il ou elle a lieu se situe à l'apogée de l'intrigue.


- Le dénouement

Il est marqué par la victoire du héros masculin ou féminin et par un retour au lieu initial (maison...)

Le méfait initial est réparé, le manque comblé, l'ordre rétabli. Le héros est reconnu comme un être à part entière. Ceci est marqué par une nouvelle apparence. Le nouveau statut est le plus souvent représenté par le mariage du héros ou de l'héroïne ainsi que par l'attribution d'un nouveau nom.

Pour Vladimir Propp, l'axe du conte se situe autour du passage dans l'autre monde. Il en dégage une forme d'initiation pour le héros. La réalisation de tâches impossible à réaliser pour le commun des mortels permet au héros de se dépasser.



Références bibliographiques :

(1) A.J. Greimas, Sémantique Structurale, Paris, Presse Universitaire de France.
(2) Vladimir Propp, Les racines historiques du conte merveilleux, traduit du russe par Lise Gruel-Apert, NRF, Ed. Gallimard. Cet ouvrage est le résultat d'une étude sur une série de conte traditionnel russe. Il détermine 31 unités narratives qu'il appelle fonctions dont l'éloignement, la transgression, la médiation, la délivrance, la punition... Il en dégage aussi 7 personnages types : L'agresseur, le donateur, l'auxiliaire, la princesse et son père, le mandataire, le héros ou l'héroine, le faux-héros.
(2) Vladimir Propp, Morphologie du conte, traduit par Marguerite Derrida, Tzvetan Todorov et Claude Khan, Points, Seuil.
(3) Vassilissa-la-belle, Contes de Russie, illus. Ivan Yakovlévitch Bilibine, traduits par Cécile Térouanne, Actes Sud Junior.
  Nicole Belmont, Poétique du conte : essai sur le conte de tradition orale, Gallimard.
Lily Boulay, magie du conte : ses rythmes, sa dynamique, Armand Colin.

Published by france quatromme - dans En vrac